Raphaël Gaspard, l’entrepreneur florissant

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Il y a de ces idées toutes simples qui séduisent sur-le-champ. Garçon Fleur est l’une de celles-ci. La jeune entreprise fondée par Raphaël Gaspard livre à vélo des fleurs locales en sillonnant les rues de la métropole québécoise. Située au cœur du désormais quartier branché de Villeray, la boutique redéfinit en ce moment le métier de fleuriste. C’est notre Inspiration de la semaine.

Quel est ton parcours ?

Je suis né en Allemagne de parents français. J’ai toutefois grandi dans la jungle sud-américaine jusqu’à l’âge de dix ans. Ma famille s’est ensuite installée au Québec. J’ai étudié en littérature au Cégep de Saint-Laurent et donné naissance à une petite maison d’édition qui publiait de la poésie avec de bons amis. Cette expérience a été pour moi le premier contact réel avec l’entrepreneuriat. Après, j’ai fait un baccalauréat en histoire de l’art à l’Université de Montréal. Depuis dix ans, je suis aussi barman. J’ai d’ailleurs encore aujourd’hui un projet avec un ami dans ce vaste monde. Je crée des cocktails lors d’évènements privés. La restauration a toujours été très présente dans ma vie. Et, voilà, depuis le mois de mai dernier, j’ai lancé l’entreprise Garçon Fleur.

D’où te vient ta fibre entrepreneuriale ?

J’ai toujours ressenti le besoin de travailler pour moi-même. À l’âge de douze ans, j’avais déjà de petites entreprises pour me faire des sous durant l’été. Je viens d’une famille bohème, peu fortunée. J’ai toujours dû me débrouiller pour gagner de l’argent pour payer mes études. Cette réalité, elle s’est manifestée tôt dans ma vie. Je cherchais un projet créatif pour vivre. Impossible pour moi de penser un instant de devenir un salarié… Le désir d’être mon propre patron s’est vraiment affirmé avec la maison d’édition que j’ai fondée lorsque je fréquentais le cégep, il s’est aussi manifesté avec l’entreprise en aménagement paysager que j’ai tenté de démarrer il y a deux ans. Tout ça est en moi. J’ai toujours eu le désir de mettre au monde mes propres idées. Un peu comme un artiste qui choisit sa peinture pour s’exprimer.

Pourquoi les fleurs ?    

C’est l’aspect esthétique des fleurs qui m’a attiré au départ. J’avais lu un excellent article dans le magazine Monocle présentant un Suisse qui avait fondé une petite entreprise qui livrait les roses dans des boîtes à sabot… par la poste ! J’ai aimé ce rebranding exécuté dans ce milieu traditionnel. Je me suis dit qu’au Québec, si nous avions réussi à réinventer le commerce de proximité le café troisième vague, la boulangerie locale, le fleuriste était resté, lui, figé dans le temps… Lorsque j’allais chez le fleuriste, je trouvais dommage que les fleurs offertes ne soient pas locales; les orchidées bleues ne m’enthousiasmaient pas du tout. J’ai senti qu’il y avait une niche. Au départ, je prenais le vélo parce que ça ne coûtait pas cher. J’ai vu qu’il était possible de lancer un projet bon pour l’environnement. J’ai tout de suite aimé l’idée : livrer des fleurs dans un cône en carton, en prenant soin d’éviter tout plastique, écrire un mot écrit à la main et effectuer la livraison à vélo.

Comment fais-tu pour d’approvisionner ?

Nos productrices sont à une heure ou deux de Montréal, alors, s’il y a une urgence, je peux aller les chercher moi-même. Depuis un an, nous n’avons aucune perte, ce qui est une réussite remarquable en soi dans le milieu de la fleur au Québec, car c’est un secteur où les pertes font partie du quotidien. La gestion des stocks pose donc toujours un défi en soi. De notre côté, nous n’avions pas de frigo et nous réussissions à n’avoir aucune perte grâce à nos arrivages constants de fleurs sauvages locales.

Vos clients sont-ils des hommes ou des femmes… bref, les hommes aiment-ils les fleurs ?  

Nous livrons de plus en plus souvent des fleurs à des hommes. Les hommes qui en reçoivent nous disent qu’ils sont heureux d’en avoir en cadeau. Parfois, leur blonde prend le temps de nous écrire pour nous dire à quel point leurs chums ont adoré en recevoir pour la fête des Pères par exemple. Les hommes prennent aussi le temps de nous contacter pour nous remercier. Ils aiment vraiment qu’on leur en offre…

Quels conseils donnerais-tu aux entrepreneurs ?

Il y a plusieurs types de tempéraments. Il y a ceux qui sont vraiment bons à l’école et qui sont capables de tout apprendre aux HEC Montréal par exemple. Tant mieux pour eux puisque c’est plus facile ainsi en quelque sorte. Il y a aussi des personnes qui, comme moi, ont besoin de faire le truc pour l’intégrer. Le truc est de toujours passer à l’action, commencer quelque part. Ne pas hésiter trop longtemps. Ne pas passer trois ans à concocter un plan d’affaires puisque la réalité est de toute façon toujours différente ! Lancez-vous avec des personnes qui ne sont pas des membres de votre famille pour éviter qu’il y ait une trop grande part de personnel mêlée à tout ça… Écoutez aussi les conseils du gars du coin qui a lancé son propre café. Lui seul connaît les réponses aux vraies questions que posent par les nombreux défis quotidiens… Je dirais aussi que tout projet entrepreneurial prendra plus de temps et coûtera plus cher que l’on pense ! Il est donc important d’avoir une source autre de revenu pour s’assurer de pouvoir respirer financièrement !