Blog

Écrire l’histoire de la Nouvelle-France

Les divisions temporelles et géographiques sont utiles, elles ne sont toutefois pas absolues. Prenons le cas de la Nouvelle-France. En théorie, la période couverte est de 1534 (premier voyage de Jacques Cartier) à 1763 (Traité de Paris). La Nouvelle-France, c’est l’ancêtre du Québec. Mais qu’en est-il en pratique ?

« Nouvelle-France » … pour les Français !

De Cartier à Champlain, tous les explorateurs ont rencontré des autochtones lorsqu’ils ont pénétré à l’intérieur des terres du Nouveau Monde. Normal : des centaines de peuples habitaient déjà l’Amérique ! De la Nouvelle-France à la Nouvelle-Espagne, les colons n’ont donc pas pénétré dans un continent vierge. Ce que les Français ont appelé Nouvelle-France avait une multitude d’autres noms donnés par les Premières Nations qui n’ont évidemment pas disparu à l’arrivée des premiers colons.

Contours indéterminés

Si des portions de l’Amérique ont porté différents noms selon les langues de chacun des peuples autochtones,le terme « Nouvelle-France » porte à confusion, même du seul point de vue français.

En effet, la « Nouvelle-France » pouvait signifier deux choses. Au sens large, elle comprenait non seulement le Canada (Québec actuel), mais aussi l’Acadie (Nouvelle-Écosse), la Louisiane, la colonie des Illinois (le long du Mississippi), Détroit et l’île Royale (Cap-Breton). Au sens plus restreint, le terme est utilisé comme synonyme de Canada, soit le territoire entre Québec et Montréal.

Et sur les cartes de l’époque ? Les archives écrites de l’administration française ne tracent pas une Nouvelle-France bornée de façon fixe dans le territoire. Les questions des limites se posaient surtout après les guerres et étaient souvent reportées à plus tard. Bref, la Nouvelle-France était un espace géographique très, très variable !

Carte de la Nouvelle-France, 1748 Source : Wikipédia

Chronologie floue

Si Jacques Cartier a été le premier explorateur de la Nouvelle-France en 1534 (mais pas le premier Français en Amérique) et que le Traité de Paris l’a cédé à l’Angleterre en 1763, sur le terrain, la réalité est beaucoup plus floue. Entre les voyages de Jacques Cartier, aucun Français n’a résidé dans cette Nouvelle-France. Et en 1763, les termes de l’accord signé entre la France et l’Angleterre ont mis plusieurs semaines avant de se rendre par bateau à Québec, puis à Montréal et encore plus loin dans le continent. Pour les gens qui étaient – ou pas – sur le terrain, la réalité différait des grandes dates qu’a retenues l’Histoire.

D’ailleurs, la cession du territoire de la Nouvelle-France, beaucoup d’autochtones ne l’ont pas accepté, considérant toujours être sur leurs propres terres. C’est une des raisons pour lesquelles Pontiac est entré en guerre contre les Anglais.

Pierre le paysan ne s’est pas réveillé un matin de 1492 en se disant : « Ah! Enfin! Le Moyen Âge est fini ». Les habitants de La Nouvelle-Orléans après la cession à l’Espagne en 1763 ne sont se pas considérés comme faisant partie de l’empire espagnol d’un coup (en fait, ils se sont révoltés). Et les livres d’histoire moderne ont souvent découpé les frontières du passé selon les sensibilités géopolitiques de l’époque de leur publication.

Sources

Allan Greer,Brève histoire des peuples de la Nouvelle-France(Boréal, 1998).

Catherine Desbarats et Allan Greer, « Où est la Nouvelle-France ? », Revue Histoire de l’Amérique française, vol. 64, n° 3-4, 2011, p. 31-62.

Colin G. Calloway, The Scratch of a Pen: 1763 and the Transformation of North America (Oxford University Press, 2006).