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Audra Rényi : Harvard, Wall Street et le monde

C’est une jeune trentenaire d’exception. Elle est passée par Harvard et Wall Street. La directrice générale de la fondation montréalaise World Wide Hearing et pdg de la nouvelle société Accès Auditif Mondial Audra Rényi avait toutefois plus important à accomplir : aider les 642 millions de personnes qui ont des problèmes d’audition à entendre grâce à des prothèses. C’est notre Inspiration de la semaine.

Quel est ton parcours ?

Je suis une francophone de Toronto. J’ai fait mes études aux États-Unis. J’ai complété deux baccalauréats à l’Université de Pennsylvanie, un en économie et finances et l’autre en sciences politiques. J’ai aussi fréquenté la Harvard Business School. J’ai travaillé au sein d’une banque d’investissement comme analyste à Wall Street. Ensuite, je suis allée faire du bénévolat durant plus de deux ans en Afrique. Cinq mois au Kenya où j’étais consultante pour un organisme de microfinance qui aide les femmes pauvres. Huit mois au Rwanda, à titre de directrice des finances d’une société de microcrédit. J’ai aussi œuvré auprès de Médecins sans frontières au Tchad comme administratrice des ressources humaines et des finances dans un hôpital qui accueillait les réfugiés centrafricains. J’ai toujours vu un pont entre le monde des affaires et celui de l’humanitaire.

Pourquoi le monde des affaires doit-il faire ce « pont » ?

Je suis persuadée qu’en affaires il y a de nouvelles façons de faire les choses. Les outils efficaces du monde des affaires peuvent très bien servir le monde humanitaire. En outre, je crois fermement qu’il est possible de gagner de l’argent tout en ayant un impact social… Au cours des dix dernières années, j’ai vu une très grande transformation en ce sens. Auparavant, il s’agissait de mondes très différents. Soit on était en affaires pour gagner de l’argent, soit on était dans l’humanitaire pour aider les gens. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. D’autant plus que je pense que l’innovation vient surtout du mélange de plusieurs domaines différents. Prenez l’exemple de Médecins sans frontières qui s’inspire volontiers de la logistique de l’armée pour effectuer ses opérations…

Pourquoi consacrer ton temps aux gens qui ont des problèmes de surdité ?

À neuf ans, mon père et sa jeune sœur ont eu une infection de l’oreille qu’ils n’ont pas pu traiter… Ils ont été diagnostiqués trop tard et n’ont pas eu accès aux bons antibiotiques… et ils ont développé une perte d’ouïe permanente. J’ai toujours pensé qu’il s’agissait d’un problème propre à ma famille. Or, il y a quatre ans, j’ai découvert que plus de 642 millions de personnes dans le monde souffraient de troubles liés à l’audition. Ce chiffre m’a choqué ! Les gens associent souvent ces troubles aux personnes âgées, mais il n’en est rien : 180 millions d’enfants sont touchés par ces soucis de santé sur la planète dont la plupart proviennent des pays du Sud.

Qu’est-ce qui t’a poussé à passer à l’action ?

J’ai vite compris que cette situation illustrait bel et bien un défi de marché réel. La plupart des personnes qui ont des troubles de surdité pourraient être aidées avec des prothèses auditives. Celles-ci sont toutefois beaucoup trop chères. En Amérique du Nord, il faut débourser 3 000 dollars pour une prothèse ! De plus, les pays du Sud ne disposent pas de personnel pour les poser. À tel point qu’au Guatemala, il y a par exemple  qu’une seule audiologue (formée à l’Université McGill) pour l’ensemble du pays ! Nous avons fait un projet pilote en Jordanie, il y a deux ans, et nous avons réussi à démontrer qu’il était possible de diminuer le coût des prothèses de plus de 90% et de former des femmes localement afin qu’elles puissent être formées en cinq semaines plutôt qu’en cinq ans. Nous exportons donc désormais ce modèle dans d’autres pays. Nous ne donnons pas les prothèses. Nous les vendons, car nous pensons que les gens doivent payer pour les apprécier à leur juste valeur. Même s’il s’agit de les acheter à une fraction du prix, nous tenons à ce que tous fassent un effort.